La réserve des imprimés

Les incunables

La série d'incunables conservés à la réserve est suffisamment variée pour offrir un panorama du cheminement par lequel les premiers imprimeurs se dégagent peu à peu du modèle du manuscrit pour élaborer finalement les éléments caractéristiques du livre moderne, notamment en ce qui concerne la mise en page : texte très serré sur deux colonnes et animé uniquement de quelques lettres ornées (Sermons de saint Augustin imprimés à Bâle en 1495) ou bien glosé dans des marges qui prennent quasiment autant de place que le corps du texte lui-même, comme dans cette Bible de Lyon de 1496. On n'aura garde d'oublier le plus illustre de ces ouvrages, les très célèbres Chroniques de Nuremberg dues à Hartman Schedel et publiées par Antoine Koberger (1493), ornées de plus de 2000 gravures sur bois. La bibliothèque possède encore deux incunables toulousains, dont le Tractatus de sponsalibus et matrimonio (1476) imprimé par Henri Turner, et qui appartiennent au fonds local ou fonds Pifteau.

 

Le fonds Pifteau

 

Antiquaire-brocanteur du début du siècle, Fernand Pifteau a passé sa vie à traquer tous les types de documents concernant Toulouse et son histoire et, plus spécialement, les ouvrages sortis des ateliers locaux depuis les débuts de l'imprimerie jusqu'à la fin du XIXe siècle. La bibliothèque interuniversitaire a acquis sa bibliothèque auprès de ses héritiers en 1948. Avec 2500 volumes environ sont entrés plusieurs centaines de plaquettes imprimées, mais également des affiches, périodiques, estampes, recueils de dessins et croquis, des cartes, des partitions, des photos et quelques manuscrits. L'essentiel de la collection consiste néanmoins en livres où l'on retrouve tous les noms de l'imprimerie toulousaine, dont certains constituent de véritables dynasties tels que les Colomiès et les Bosc. Quant aux disciplines, elles sont aussi variées que possible : histoire bien sûr, mais également droit, poésie, théâtre, controverse religieuse, architecture, médecine. On y trouve deux éditions (1517 et 1555) du livre de Nicolas Bertrand Les gestes des tholosains et d'aultres nations, ouvrage précieux par son ancienneté mais qui contient bien des fables d'après Brunet. Le rare Hugoneorum haeriticorum tolosae conjuratorum profligatio de Georges Bosquet, condamné au bûcher en 1563, témoigne de l'âpreté des luttes religieuses à Toulouse au XVIe siècle. Dans un registre plus pacifique, le fonds Pifteau recèle également bon nombre de pièces de circonstance imprimées à l'occasion des Jeux floraux et fréquemment dédiées à la mythique Clémence Isaure.

Plusieurs de ces volumes présentent des marques de possession (ex-libris, blasons) qui révèlent une appartenance à des collections de bibliophiles célèbres tels que Mazarin, Colbert, le président de Thou ou encore Félibien, mais également de précieuses annotations manuscrites de Pifteau concernant l'auteur ou l'imprimeur du livre. En résumé, le fonds Pifteau peut paraître hétéroclite, mais il n'en constitue pas moins le témoignage de l'amour porté à sa ville et à sa région par un amateur éclairé.

 

 

Le fonds Ligugé

 

La Réserve des imprimés recèle encore d'autres séries intéressantes à côté de ce fonds local déjà riche, et plus particulièrement une belle collection d'ouvrages espagnols des XVIIe, XVIIIe et XIXe siècles, essentiellement consacrés aux chroniques et à l'histoire des différents royaumes de la péninsule ibérique. Ils proviennent du fonds espagnol de la bibliothèque de l'abbaye de Ligugé (Vienne). Citons également une édition des œuvres d'Erasme par Froben (Bâle, 1540) portant l'ex-libris de l'archevêque de Narbonne, René François de Beauvau (1664 - 1739), qui fut aussi le commanditaire d'une célèbre Histoire du Languedoc rédigée par les érudits bénédictins de Saint-Maur.